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Extermination à huis clos
LES FEMMES ET LES ENFANTS D’ABORD ! Les enfants sont les premières victimes de la tragédie humanitaire, représentant 45 à 65% des 5,4 millions de personnes mortes de causes directement liées à la crise de cette dernière décennie. La plupart du temps, ces enfants meurent de faim ou d’épuisement en tentant de fuir le pays avec leur famille, ou encore de maladies facilement prévisibles et soignables, comme la diarrhée ou la rougeole…
Lorsqu’ils ne sont pas tués, les enfants – souvent orphelins et abandonnés – sont tout simplement à la merci de leurs prédateurs. Violés, drogués, battus, ils deviennent les esclaves domestiques et sexuels des milices, en échange d’un peu de nourriture et de soins médicaux. A moins qu’ils ne soient forcés à s’enrôler dans les mines ou dans l’armée…
Les femmes, quant à elles, sont les proies « favorites » des milices, qui semblent s’acharner à leur ôter tout moyen de donner la vie. Fillettes et femmes sont ainsi victimes de viols collectifs, organisés par les forces armées et se déroulant souvent en public, dans les rues, les écoles ou sous les yeux de toute la famille. Mais l’horreur ne s’arrête pas là : dans la majorité des cas, ces femmes sont ensuite victimes d’actes de torture indicibles. Il n’est ainsi pas rare qu’un couteau, des morceaux de bois ou de verre, des clous rouillés ou encore du piment soient introduits dans leur vagin. Le plus souvent également, c’est la mutilation de leurs organes génitaux qui les attend, telle l’ablation à vif des grandes lèvres, véritables trophées de guerre pour les miliciens.
DU CRIME SEXUEL AU CANNIBALISME, LA CRUAUTE N’A PAS DE LIMITES5 juin 2003 : Zainabo Alfani, 40 ans, est enlevée par 18 miliciens avec ses deux fillettes de 10 et 8 ans, son bébé et 14 autres femmes. Parce qu’elle est la seule à posséder de longues lèvres vaginales, elle en est immédiatement amputée, mais gardée en vie alors que les autres femmes sont abattues sous ses yeux et sous les yeux de ses enfants. Violée par l’ensemble des miliciens, elle perd connaissance de douleur. Le pire l’attend à son réveil : ses ravisseurs se partagent ses parties génitaleset lui incisent un pied, un avant-bras et un sein avant de déguster plusieurs morceaux de sa chair. Ses deux fillettes, elles, sont plongées dans deux fûts d’eau bouillante pour être mangées peu après. Avant d’endurer un dernier supplice rituel – se voir introduire un morceau de bois dans le ventre – Zainabo supplie ses ravisseurs d’abandonner son corps, avec son bébé, sur la grande route afin que le petit garçon soit trouvé et recueilli. Ce dernier a aujourd’hui 3 ans et Zainabo n’est décédée que 2 ans plus tard…
Une telle cruauté dépasse l’imagination et pourtant, Zainabo est loin d’être un cas isolé. Des milliers de femmes sont ainsi recueillies par les hôpitaux ou les associations humanitaires, dans un état indescriptible. Pourquoi aller si loin dans l’horreur ? Tout simplement parce que le viol est devenu trop commun… Sur les routes, dans les champs ou chez elles, les femmes et les jeunes filles risquent le viol à tout moment. Des dizaines de milliers de crimes sexuels ont ainsi été commis depuis 1996. Mais aux yeux des miliciens, le supplice n’est pas assez fort pour déshumaniser et détruire totalement les femmes, mères des familles et des communautés. Il fallait donc franchir un nouveau pas dans la cruauté, afin de ne plus seulement traumatiser les esprits et transmettre le virus du Sida, mais transformer la femme en véritable rebus social, objet de tous les rejets.
Les mutilations servent ainsi à causer de lourdes séquelles, dont la plus connue est la fistule vésico-vaginale : une blessure qui crée un passage entre le vagin et le rectum, et donc de l’incontinence. Sans traitement, la fistule mène au déclin social, physique et émotionnel de la femme, puis à son rejet par son mari et sa famille, qui se sentent déshonorés ou maudits par son sort.
SURVIVANTS, REFUGIÉS, PRISONNIERS… L’HORREUR N’ÉPARGNE PERSONNE Pour échapper à l'extermination, des centaines de milliers de personnes tentent de fuir l’est du Congo… Mais pour aller où ? Et comment ? Ces déplacés sans le moindre sou, sans le moindre bien, sont en effet rapidement rattrapés par la faim, l’épuisement, la maladie. Sans nourriture et sans soins médicaux, 45 000 personnes, dont une très large part d’enfants, meurent ainsi chaque mois.
Le taux de mortalité infantile a ainsi augmenté de 90% depuis l’invasion, et 60% des enfants meurent avant l’âge de 5 ans.
3 millions, tel est également le nombre d’enfants orphelins errant dans tout le pays. Quel destin peut bien attendre ces petits survivants que l’on surnomme « shégué », si aucune oeuvre humanitaire ne les recueille ? L’armée, l’esclavage, les réseaux de pédophilie et autres trafics… Beaucoup d’enfants, surtout des filles, sont ainsi envoyées par convois vers le Rwanda et l’Ouganda, en même temps que les marchandises pillées. D’autre finissent dans des réseaux en Europe…
Autre population victime de la pire inhumanité : les prisonniers, dont les conditions de détention sont plus que déplorables. Nourriture très largement insuffisante et absence totale d’hygiène – ni lits, ni douches, ni toilettes ! – entraînent l’affaiblissement général des prisonniers, souvent jusqu’à la mort. De plus, on ne trouve pratiquement plus de services de santé dans les prisons du pays, et seules les associations humanitaires apportent aujourd’hui un soulagement ponctuel aux personnes enfermées, dans la limite de leurs possibilités. Qui sont ces prisonniers ? Des hommes, bien sûr, mais aussi de nombreux enfants-soldats jugés « inaptes » à leur funeste devoir, torturés, affamés, malades, et souvent même condamnés à mort. Depuis le début de l’invasion, les arrestations arbitraires se sont également multipliées afin de se débarrasser d’un grand nombre de journalistes, militaires ou pasteurs qui survivent dans l’espoir d’une libération plus qu’aléatoire.
Le drame des enfants-soldats60% : telle est la proportion maximale estimée d’enfants enrôlés de force – ou de dépit – dans les milices d’invasion. Devant les écoles ou dans la rue, la même scène se déroule ainsi sans cesse : des enfants, parfois de moins de 10 ans, sont enlevés, l’arme à la tempe. D’autres se présentent spontanément, juste pour survivre. Entraînés, endoctrinés, battus et drogués, ils sont alors destinés à une vie de tueries, de viols et de pillages.
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Afin d’organiser un nouvel ordre économique et géo-stratégique dans la région, les forces d’invasion, rejointes par divers « groupes rebelles » du pays, mettent en place depuis plus de 10 ans une véritable stratégie de terrorisation poursuivant un seul but: dissuader les villageois de défendre leur patrie et leurs concitoyens. Les milices usent et abusent donc, en toute impunité, des actes de cruauté les plus extrêmes pour menacer ces innocents, les intimider et, bien sûr, les exterminer…
« Nous n’avons jamais rien vu de pareil auparavant. Ce n’est pas juste le viol, ce sont les atrocités qui vont avec… Les miliciens tirent dans les parties génitales des femmes après en avoir abusé. Des jeunes filles avec des organes déchirés sont étendues avec les jambes pendantes… Ce qui nous arrive est incroyable, je ne sais pas si vous comprenez. » Extrait de Tearing Congo’s Womb, de Mvemba Phezo Dizolele, United Press International. Washington Times. Traduit de l’anglais.
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